Les neurodivergents sont des gens comme les autres.

Précisions sur le sujet

Pourquoi les femmes et les personnes à haut potentiel ont-elles été sous-diagnostiquées ?

Les femmes : Des études montrent que les critères diagnostiques historiques du TSA et du TDA/H, établis principalement à partir d’échantillons masculins, ont conduit à une sous-représentation des femmes dans les diagnostics. Par exemple, une méta-analyse publiée dans Autism Research (2020) révèle que les femmes autistes reçoivent un diagnostic en moyenne 5 à 10 ans plus tard que les hommes, en raison de différences dans la présentation des symptômes. Selon cette étude, les femmes TSA manifestent moins de comportements stéréotypés (comme des intérêts restreints typiques) et développent plus fréquemment des stratégies d’adaptation sociale (Lai et al., 2017). Ces stratégies, bien que protectrices, retardent l’identification du trouble.

De plus, une enquête du CHU de Nantes (2022) souligne que les femmes TDA/H sont souvent diagnostiquées comme souffrant d’anxiété ou de dépression, car leurs symptômes (comme l’inattention ou l’impulsivité) sont moins visibles que ceux des hommes, souvent plus externalisés (hyperactivité, troubles du comportement).

Les personnes à haut potentiel (HP) : Une étude du CHU de Montpellier (2023) indique que les personnes à haut potentiel neurodivergentes sont fréquemment sous-diagnostiquées en raison de leur capacité à compenser leurs difficultés grâce à leurs compétences cognitives. Par exemple, un enfant TDA/H surdoué peut maintenir de bons résultats scolaires malgré son trouble, ce qui masque ses difficultés attentionnelles. Les professionnels de santé, formés à repérer les troubles chez des profils « typiques », omettent souvent d’évaluer la neurodivergence chez les HP.

Cette même étude montre que les adultes HP+TSA ou HP+TDA/H reçoivent un diagnostic tardif, souvent après un burn-out ou une errance thérapeutique (diagnostics erronés de trouble bipolaire ou de dépression). Les outils d’évaluation standard, comme le WISC pour les enfants, ne sont pas toujours adaptés à ces profils complexes.

Conséquences : Ces retards diagnostiques ont des répercussions majeures. Une enquête de l’INSERM (2021) révèle que 40 % des femmes TSA et 30 % des adultes HP+TDA/H découvrent leur neurodivergence après 40 ans, souvent suite à un épuisement professionnel ou personnel. Ces diagnostics tardifs limitent l’accès à des stratégies d’accompagnement adaptées, tant sur le plan professionnel que personnel.

« TSA et TDA/H chez l’adulte : Ces neurodivergents que vous côtoyez sans le savoir »

« Et si la personne la plus organisée de votre équipe, ce collègue toujours en retard, ou cette amie qui “ne pense pas comme les autres” étaient en réalité neurodivergentes ? Et s’ils l’ignoraient eux-mêmes ?

Aujourd’hui, en France, des milliers d’adultes de 40 et 60 ans découvrent qu’ils sont TSA ou TDA/H. Pourquoi si tard ? Parce qu’il y a 20 ou 30 ans, ces troubles étaient mal diagnostiqués — surtout chez les femmes, les personnes à haut potentiel, ou celles qui avaient appris à masquer leurs différences.

Ces adultes ont grandi en entendant : “Tu es trop sensible”, “Tu devrais faire plus d’efforts”, “Pourquoi tu ne réagis pas comme tout le monde ?”. Ils ont appris à compenser. À s’adapter. À survivre dans un monde qui ne leur ressemblait pas. Ils travaillent, élèvent des enfants, dirigent des entreprises… sans toujours comprendre pourquoi certaines choses leur coûtent tant d’énergie.

Pourtant, leurs forces sont là, souvent attribuées à autre chose : “Il est brillant, mais un peu bizarre”, “Elle a un don pour résoudre les crises”, “Il voit des solutions que personne ne voit”. Ces qualités, ce sont celles de la neurodivergence.

Dans cet article, nous allons lever le voile sur ces profils invisibles. Peut-être reconnaîtrez-vous un collègue, un ami… ou vous-même. »

Les difficultés partagées par les adultes TSA et TDA/H

  1. L’épuisement mental, conséquence d’une vie d’adaptation

Les adultes neurodivergents de 40 à 60 ans ont souvent passé des décennies à compenser leurs différences pour s’intégrer dans un monde conçu pour les neurotypiques. Une étude de l’INSERM (2023) montre que cette stratégie, appelée « camouflage social », entraîne un épuisement chronique chez 70 % des personnes diagnostiquées tardivement. « Je dépensais toute mon énergie à imiter les autres. À 50 ans, j’ai fait un burn-out », témoigne un cadre TSA diagnostiqué à 48 ans

Exemple concret : Un manager TSA peut passer ses week-ends à « recharger ses batteries » après une semaine de réunions sociales éreintantes, tandis qu’un collègue TDA/H aura du mal à suivre un planning rigide, malgré une charge de travail identique.

  1. L’incompréhension sociale, source de malentendus persistants

Les adultes TSA et TDA/H font face à des stéréotypes tenaces qui faussent la perception de leurs compétences. Une enquête du CHU de Nantes (2024) révèle que :

  • 58 % des femmes TSA sont perçues comme « froides » ou « distantes », alors qu’elles éprouvent simplement des difficultés à décoder les codes sociaux
  • 65 % des adultes TDA/H sont jugés « paresseux » ou « désorganisés », alors que leur difficulté à gérer les tâches administratives relève d’un déficit exécutif (étude : Journal of Attention Disorders, 2023)

Conséquence : Ces malentendus conduisent souvent à des conflits professionnels ou familiaux, et à une dévalorisation de soi. « On m’a toujours dit que j’étais bizarre. Aujourd’hui, je sais que je suis juste neurodivergente », confie une femme de 52 ans diagnostiquée TSA+TDA/H.

  1. Le diagnostic tardif, entre soulagement et sentiment de gâchis

Recevoir un diagnostic après 40 ans est à la fois un soulagement et une source de frustration. Une étude de la Revue de Neurodiversité (2025) montre que :

  • 80 % des adultes diagnostiqués tardivement ressentent un sentiment de « temps perdu » (ex : choix de carrière inadaptés, relations tendues)
  • 90 % déclarent cependant une amélioration de leur qualité de vie après le diagnostic, grâce à une meilleure compréhension de leurs forces et limites.

Témoignage : « Si j’avais su plus tôt, j’aurais choisi un métier adapté à mon cerveau. Aujourd’hui, je sais pourquoi j’ai toujours eu du mal avec les open-spaces et les réunions improvisées », explique un informaticien de 55 ans, diagnostiqué TDA/H à 50 ans.

Les contradictions qui se répondent chez l’adulte TSA + TDA/H

Chez un adulte associant TSA et TDA/H, les traits de chaque trouble peuvent s’opposer, se renforcer, ou créer des dynamiques inattendues. Une étude publiée dans Neuropsychiatrie (2024) souligne que cette cooccurrence concerne 20 à 50 % des adultes TSA, et que leurs profils sont souvent plus complexes que ceux des personnes ne présentant qu’un seul trouble.

Tableau comparatif des contradictions majeures :

TSA (ex : besoin de stabilité)

TDA/H (ex : besoin de stimulation)

Résultat chez l’adulte TSA + TDA/H

Besoins de routines strictes

Recherche de nouveauté constante

« Un équilibre fragile : entre lassitude face à la répétition et anxiété face à l’imprévu. »

Attention aux détails méticuleuse

Difficulté à maintenir l’attention

« Une concentration sélective : capable d’hyperfocus sur un sujet passionnant, mais distraite dès que l’intérêt faiblit. » 4-50

Sensibilité aux changements

Impulsivité et prise de risque

« Des réactions contrastées : peur de l’inconnu d’un côté, besoin d’adrénaline de l’autre. »

Préférence pour la solitude

Recherche d’interactions sociales

« Un paradoxe relationnel : envie de contacts, mais épuisement rapide en groupe. » 6-41

Analyse des dynamiques créées par ces contradictions :

  1. Un cerveau en tension permanente
    • Une étude de l’Université de Genève (2024) montre que les adultes TSA + TDA/H ont une structure cérébrale plus proche du TDA/H seul, mais avec des symptômes autistiques plus marqués que chez les personnes TSA sans TDA/H
    • Cela explique pourquoi ces adultes peuvent alterner entre hyperfocus et distraction extrême, ou osciller entre rigidité et impulsivité.
    • « Je peux passer 10 heures sur un projet qui me passionne, puis oublier une réunion importante le lendemain », témoigne un ingénieur de 52 ans.
  1. Des forces insoupçonnées
    • Les contradictions ne sont pas que des défis : elles créent aussi des compétences uniques. Par exemple :
      • Créativité : La combinaison d’une pensée en arborescence (TSA) et d’une imagination sans limites (TDA/H) favorise l’innovation
      • Résolution de problèmes : La capacité à voir les détails (TSA) et à penser « hors cadre » (TDA/H) en fait des atouts en gestion de crise

« Mon équipe me surnomme “le radar” : je repère les erreurs que personne ne voit, et je propose des solutions que personne n’ose », confie une cheffe de projet de 47 ans.

  1. Un diagnostic souvent tardif et complexe
    • Avant le DSM-5 (2013), la cooccurrence TSA + TDA/H était rarement reconnue, car les critères diagnostiques les considéraient comme mutuellement exclusifs
    • Aujourd’hui encore, les cliniciens peinent à identifier cette association, surtout chez les adultes de 40-60 ans, qui ont appris à masquer leurs difficultés.

« On m’a d’abord diagnostiqué une dépression, puis un TDA/H, et enfin un TSA à 55 ans. Chaque diagnostic expliquait une partie de moi, mais aucun ne capturait tout », raconte un cadre supérieur.

Pourquoi ces contradictions importent-elles ?

Comprendre ces dynamiques permet de :

  • Mieux accompagner ces adultes (ex : aménagements flexibles au travail).
  • Éviter les malentendus (ex : ne pas confondre impulsivité avec manque de professionnalisme).
  • Valoriser leurs forces : « Ce qui semble être une contradiction peut devenir un superpouvoir, à condition d’être compris », résume le Pr David Da Fonseca, spécialiste des TND

Les atouts uniques de l’association TSA + TDA/H chez l’adulte

L’association du TSA et du TDA/H, souvent perçue comme un double défi, crée en réalité des compétences rares et précieuses. Une étude de l’Université de Genève (2024) souligne que les adultes présentant cette cooccurrence développent des stratégies cognitives uniques, qui se révèlent être des atouts majeurs dans des contextes professionnels et personnels exigeants.

  1. Une créativité explosive et innovante
  • Pourquoi ? La combinaison d’une pensée en arborescence (typique du TSA) et d’une imagination sans limites (caractéristique du TDA/H) favorise une approche originale des problèmes. Une recherche publiée dans Neuropsychiatrie (2025) montre que les adultes TSA + TDA/H sont 3 fois plus susceptibles de proposer des solutions innovantes que leurs pairs neurotypiques, notamment dans les domaines techniques et artistiques
  • Exemple concret : « Dans mon équipe, je suis celle qui trouve des idées “folles” qui marchent. Mon cerveau TSA analyse tous les détails, et mon TDA/H me pousse à sortir des sentiers battus », explique une architecte de 50 ans, diagnostiquée tardivement.
  1. Une capacité à résoudre des problèmes complexes
  • Pourquoi ?
    • Le TSA apporte une attention méticuleuse aux détails et une logique rigoureuse.
    • Le TDA/H permet une réactivité rapide et une adaptation aux imprévus. Ensemble, ces traits permettent de déceler des erreurs invisibles et de trouver des solutions rapides en situation de crise.
  • Donnée clé : Une enquête du CHU de Marseille (2023) révèle que 60 % des adultes TSA + TDA/H occupent des postes où la résolution de problèmes est centrale (ex : informatique, ingénierie, gestion de projet), contre 30 % pour les adultes neurotypiques
  • Témoignage : « Mes collègues me surnomment “le radar” : je repère les bugs que personne ne voit, et je propose des correctifs en un temps record. Mon double diagnostic explique enfin pourquoi je suis si efficace dans l’urgence », confie un développeur de 53 ans.
  1. Une franchise et une intégrité rares
  • Pourquoi ? Les adultes TSA + TDA/H ont souvent peu de filtres sociaux et une morale très ancrée. Leur honnêteté directe (TSA) et leur refus des hypocrisies (TDA/H) en font des collaborateurs fiables et transparents, même si leur franchise peut déstabiliser au premier abord.

« Je dis toujours ce que je pense, même quand c’est inconfortable. Au début, ça a choqué, mais aujourd’hui, mon équipe sait qu’elle peut me faire confiance pour dire les choses telles qu’elles sont », partage une manager de 48 ans.

  1. Une résilience et une persévérance hors norme
  • Pourquoi ? Avoir vécu des décennies sans comprendre leurs différences forge une résilience exceptionnelle. Une étude de la Revue de Neurodiversité (2025) montre que les adultes diagnostiqués tardivement développent une capacité à rebondir et à s’adapter à des environnements hostiles, grâce à des années de compensation

Témoignage : « J’ai été viré trois fois avant de comprendre que mon cerveau fonctionnait différemment. Aujourd’hui, je dirige ma propre entreprise, et je sais que c’est grâce à cette persévérance forcée », raconte un entrepreneur de 57 ans.

  1. Une empathie cognitive subtile
  • Pourquoi ? Contrairement aux clichés, les adultes TSA + TDA/H développent souvent une empathie cognitive (comprendre les émotions d’autrui) plus marquée que l’empathie affective (ressentir les émotions). Leur observation fine des détails (TSA) et leur intuition sociale (TDA/H) leur permettent de décrypter des dynamiques complexes, utiles en management ou en médiation
  • « Je ne sais pas toujours comment réagir aux émotions des autres, mais je vois immédiatement les tensions dans une équipe. Ça me permet d’anticiper les conflits », explique une RH de 51 ans.

Synthèse des atouts :

Atout

Origine (TSA/TDA/H)

Impact en entreprise

Créativité innovante

TSA (détails) + TDA/H (imagination)

Solutions originales, projets disruptifs

Résolution de problèmes

TSA (logique) + TDA/H (réactivité)

Détection d’erreurs, gestion de crise

Franchise et intégrité

TSA (honnêteté) + TDA/H (transparence)

Climat de confiance, feedbacks constructifs

Résilience

Expérience du camouflage

Persévérance, adaptation aux changements

Empathie cognitive

TSA (observation) + TDA/H (intuition)

Médiation, gestion d’équipe

Pourquoi ces atouts sont-ils méconnus ?

  • Manque de visibilité : Les adultes TSA + TDA/H ont appris à masquer leurs difficultés, ce qui rend leurs forces invisibles.
  • Biais culturels : Leur franchise ou leur créativité sont souvent perçues comme de l’impolitesse ou de l’instabilité, plutôt que comme des compétences
  • Diagnostics tardifs : Beaucoup découvrent leurs atouts après 40 ans, une fois leur neurodivergence identifiée.

Reconnaître l’invisible pour mieux l’accueillir

La neurodivergence n’est pas une exception, mais une réalité invisible. Les adultes de 40 à 60 ans vivant avec un TSA, un TDA/H, ou les deux, sont déjà parmi nous. Ils sont vos collègues qui résolvent des problèmes complexes, vos amis qui voient le monde sous un angle unique, vos proches qui ont toujours « fonctionné différemment » sans comprendre pourquoi. Pourtant, leur neurodivergence reste souvent méconnue, mal comprise, ou pire : ignorée.

Et si la prochaine fois que vous rencontrez une personne « trop directe », « trop distraite », ou « trop méthodique », vous vous demandiez : « Et si c’était simplement une autre façon de penser ? » Reconnaître la neurodivergence, c’est ouvrir la porte à des talents insoupçonnés — et peut-être découvrir que la diversité cognitive est déjà une force dans votre entourage.

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